Stagflation : les banques centrales tranchent
« Depuis que je suis banquier central, j'ai appris à marmonner avec beaucoup d'incohérence. Si je vous semble particulièrement clair, c'est sans doute que vous ne m'avez pas compris. »
Le maestro n'est plus
Alan Greenspan, décédé aujourd'hui à 100 ans, avait fait de cette obscurité délibérée sa signature : dix-neuf ans à la tête de la Fed (1987–2006), dix-neuf ans à piloter les marchés dans une langue si prudente que la presse américaine l'avait fait entrer dans l'histoire en le surnommant « le maestro ».
Les banques à l'unisson
L'ironie de ce lundi 22 juin, c'est que ses successeurs ont choisi le contraire exact : en une semaine, la BCE, la Fed et la Banque d'Angleterre ont toutes signalé le même virage, sans ambiguïté, presque en même temps. Comprendre ce virage, c'est comprendre comment les banques centrales font et défont les marchés.
Le choc pétrolier s'installe
Le véritable tournant est venu de la guerre avec l'Iran et de la fermeture du détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. L'Agence internationale de l'énergie a qualifié cette crise de plus grande perturbation d'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier.
Le retour de l'or noir ?
Le choc énergétique a forcé les économistes à revoir leurs scénarios. Après avoir commencé l'année autour de 63 $, le Brent a dépassé 120 $ au plus fort de la crise avant de retomber sous les 80 $ avec les premiers progrès diplomatiques. Les grandes banques et agences de prévision ont relevé leurs estimations pour 2026, la plupart tablant désormais sur un prix moyen compris entre 90 et 100 $ le baril, même si les scénarios restent extrêmement dépendants d'une normalisation durable des flux via Ormuz.
Réaction en chaîne
Ce qui inquiète les banques centrales, ce sont les effets indirects de l'augmentation du prix du pétrole : une énergie plus chère se diffuse progressivement aux coûts de transport, puis aux prix des biens et des services, et finit par générer des revendications salariales. Une inflation enracinée est beaucoup plus difficile à combattre qu'un simple choc énergétique temporaire.
Stagflation
La BCE a donné le signal le 11 juin en relevant son taux de dépôt à 2,25 %, sa première hausse depuis près de trois ans. Le dilemme est inconfortable : la croissance européenne reste faible, mais l'inflation repart — cette combinaison d'une économie qui stagne et de prix qui montent porte un nom, la stagflation, et c'est le scénario que toute banque centrale redoute.
Un crédit plus cher en Europe...
En remontant ses taux, la BCE rend le crédit plus cher pour freiner la demande et calmer les prix, quitte à peser un peu plus sur une économie déjà molle. Sa priorité est claire : empêcher l'inflation de s'installer durablement.
... et bientôt aux USA ?
Aux États-Unis, la Fed a maintenu ses taux entre 3,5 % et 3,75 % le 17 juin. Mais son message a surpris : plusieurs responsables envisagent désormais une hausse des taux avant la fin de l'année, alors que les marchés pariaient encore récemment sur des baisses. Le changement n'est pas dans la décision, mais dans le ton.
Même son de cloche outre-Manche
Même prudence au Royaume-Uni. La Banque d'Angleterre a laissé ses taux inchangés, tout en signalant qu'elle restait prête à agir si les tensions inflationnistes devaient s'intensifier.
Inflation is back
En quelques semaines, le scénario dominant a changé : après des mois de détente monétaire, les grandes banques centrales se préparent de nouveau à lutter contre l'inflation plutôt qu'à soutenir la croissance. C'est ce revirement qui explique l'ajustement brutal des attentes des marchés ces derniers jours.
Pour l'investissement ?
Des taux qui montent, concrètement, c'est trois choses pour votre argent : emprunter coûte plus cher, l'épargne sans risque rapporte de nouveau (livrets), et les actions les plus chères deviennent plus fragiles.
Pour un investisseur particulier à horizon long, ce virage ne commande pas de tout revoir — il invite à regarder la partie défensive de son épargne d'un œil différent. Deux instruments jouent ce rôle, en complément des ETFs et des titres cotés.
Fonds obligataires
D'abord, les obligations d'État à court terme. Quand les taux montent, elles paient de nouveau un rendement décent, un revenu quasi absent depuis 2022. Elles sont simples, liquides, et permettent de protéger une partie de son épargne sans la bloquer.
Ensuite, les produits structurés. Leurs conditions d'émission s'améliorent mécaniquement quand les taux montent : protection du capital plus élevée, rendements potentiels plus généreux. En contrepartie, ils s'engagent sur une durée fixe (souvent six à dix ans), mais offrent des garanties que les marchés actions ne peuvent pas donner. Attention à leur frais cependant, élevés.
Dans Anantys, votre meilleur allié sera le Radar de Marché : plus sa valeur est proche de 10, plus votre exposition liquidités, livrets et fonds obligataires/structurés devra augmenter. A l'inverse, à mesure qu'il redescendra et franchira des seuils, il conviendra d'inverser la rotation : prendre dans les positions d'attente pour augmenter l'exposition actions, idéalement sur un ETF indiciel.
Le dilemme
Les banques centrales décident aujourd'hui pour demain. En d'autres termes, elles prennent un pari. Si le pétrole reflue durablement sous 70 $, le choc inflationniste que ces hausses devaient contenir se résout de lui-même, et les banques centrales auront resserré dans une économie à 0,8 % de croissance pour rien ; s'il se ré-installe, elles avaient raison d'agir vite.
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Stagflation et hausse des taux
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